FAQ · CSRD · Scope 3 Transport
18 questions concrètes des directeurs supply chain
Toutes les réponses aux questions qui reviennent le plus souvent dans nos échanges avec les chargeurs industriels préparant leur rapport CSRD 2026.
Qui est concerné et quand
1 — Qui est concerné par la CSRD en 2026 ?
La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) s’applique par vagues. En 2025, elle concerne les grandes entreprises cotées déjà soumises à la NFRD. En 2026, elle s’élargit aux grandes entreprises non cotées dépassant 2 des 3 seuils : 250 salariés, 50 M€ CA, 25 M€ bilan. Les PME cotées entrent en 2027. Une ETI industrielle française est très probablement concernée dès 2026.
2 — Qu’est-ce que le Scope 3 catégorie 4 exactement ?
Le Scope 3 regroupe les émissions indirectes de la chaîne de valeur en 15 catégories. La catégorie 4 — Transport et distribution amont couvre le transport des biens achetés entre les fournisseurs et vos sites. Elle est distincte de la catégorie 9 (transport aval, vers clients finaux).
3 — Quelle partie de mes émissions représente le transport ?
Pour une entreprise industrielle française moyenne, le transport amont représente typiquement 5 à 15 % du Scope 3 total, donc 3 à 10 % des émissions totales. Les ratios varient selon le secteur : plus élevé en agroalimentaire et matériaux, plus faible en services. Suffisamment significatif pour être matériel au sens CSRD, suffisamment actionnable pour afficher des réductions concrètes.
4 — À partir de quand dois-je publier mes données ?
Si votre entreprise est concernée au titre de l’exercice 2025, votre premier rapport durabilité CSRD est publié en 2026, avec audit externe. Vos données Scope 3 catégorie 4 doivent être mesurées sur 2025 entière. Si vous n’avez pas mis en place la collecte au 1er janvier 2025, vous devez reconstituer a posteriori — possible mais fragile en audit.
Méthodologie et calcul
5 — ADEME Base Carbone ou GLEC Framework : lequel utiliser ?
Les deux, selon le périmètre. ADEME Base Carbone v24 (référentiel français 2024) est la référence pour le transport domestique. GLEC Framework v3 (Global Logistics Emissions Council) est la référence internationale, cohérente avec l’ISO 14083. En pratique : ADEME pour les flux nationaux, GLEC pour l’international. Dans un rapport CSRD, l’important est d’afficher la méthodologie et la source de chaque facteur.
6 — Comment on calcule l’émission d’un transport routier ?
Formule de base : émissions (kg CO₂e) = tonnage × distance × facteur d’émission. Le facteur dépend du mode, du véhicule (tracteur 40T, porteur 19T, VUL), du carburant (B7, B30, B100, HVO), parfois du remplissage. Facteurs ADEME routier lourd gazole B7 typiquement 80-95 g CO₂e/t.km, chute à 10-15 g CO₂e/t.km avec HVO.
7 — Faut-il compter les trajets à vide ?
Oui, en méthode « well-to-wheel » (attendue par la CSRD). Les km à vide sont attribués à la tournée dans laquelle ils s’intègrent. Cela motive l’optimisation du remplissage : un camion qui revient à vide émet autant qu’un camion qui revient plein, mais seul l’aller est productif. Les facteurs ADEME intègrent un taux de parcours à vide moyen sectoriel.
8 — Mesurer par trajet ou estimer par grande masse ?
Le « tier » méthodologique est un choix documenté. Tier 3 (mesure réelle par trajet) est le plus précis et auditable. Tier 1 (estimation par facteurs moyens nationaux) acceptable en première année mais faible en audit. La CSRD n’impose pas un tier particulier mais exige que vous justifiiez le choix. Les auditeurs valorisent la progression Tier 1 → Tier 3 sur les années.
Collecte de données prestataires
9 — Mon transporteur peut-il me fournir ces données ?
Oui, en théorie. En pratique, niveaux de maturité variables. Les grandes maisons (GEODIS, DB Schenker, STEF, DHL, FM Logistic, XPO) proposent toutes un reporting CO₂ standardisé. Les ETI comme RT Global Solution fournissent un reporting détaillé par tournée via leur TMS. Les petits transporteurs régionaux ont souvent du mal à produire une donnée fiable au format attendu. Un arbitrage fournisseurs devient parfois nécessaire avant la CSRD.
10 — Mon transporteur me facture extra le reporting CO₂, est-ce normal ?
Pas forcément. Le reporting CO₂ devient progressivement un service de base attendu. Certains prestataires facturent un module additionnel (50 à 300 €/mois), d’autres l’incluent gratuitement. Comparez le coût global incluant le reporting, pas le coût transport seul. La qualité varie fortement : Excel mensuel versus API temps réel intégrée à votre outil de consolidation.
11 — Mon prestataire refuse de me donner ses données. Que faire ?
Trois options : (1) Négociation contractuelle — clause obligation de reporting CO₂ à la prochaine négociation. (2) Reconstitution par facteurs moyens — facteurs ADEME génériques en attendant mieux ; acceptable en CSRD si documenté. (3) Changement de prestataire — un prestataire qui ne peut/veut pas reporter en 2026 prendra du retard, c’est un signal.
12 — Comment je sais que les données de mon transporteur sont fiables ?
Trois indicateurs : (1) Méthodologie affichée — source des facteurs (ADEME v24 ? GLEC v3 ? ISO 14083 ?). (2) Granularité — donnée par tournée, par route, par mois ? Une donnée annuelle globale est difficilement auditable. (3) Cohérence — émissions cohérentes avec les facteurs moyens sectoriels (60-100 g CO₂e/t.km pour du routier gazole). Au-delà de 15 % d’écart, creuser.
Leviers de réduction
13 — Quels sont les vrais leviers de réduction du Scope 3 transport ?
Par ordre d’impact et d’accessibilité : (1) Taux de remplissage — gain 10 à 20 %, coût faible. (2) Consolidation de flux — gain 5 à 15 %, demande travail avec le transporteur. (3) Substitution énergétique — gain 40 à 90 % sur le carburant, surcoût 10 à 30 %. (4) Mode shift (route → rail) — gain 50 à 70 % mais contraintes fortes. (5) Réduction des flux — gain direct mais impact commercial.
14 — Le HVO, c’est vraiment écologique ?
Oui, à condition d’être bien sourcé. Le HVO issu d’huiles usagées certifiées ISCC-EU réduit les émissions CO₂ de 85 à 90 % well-to-wheel par rapport au gazole fossile. Le HVO issu d’huiles vierges (colza, palme) est beaucoup moins vertueux. Exigez un certificat ISCC-EU avec traçabilité matière première. Le HVO fonctionne sur tous les moteurs Diesel Euro 6 sans adaptation.
15 — Le rail, ça marche vraiment pour mon secteur ?
Ça dépend du trio distance / volume / régularité. Le rail devient pertinent à partir de ~500 km, avec volume suffisant (rame complète ou groupage), et régularité permettant un plan annuel. Nécessite accès rail ou terminal à moins de 50 km, coordination SNCF Réseau / Fret SNCF / opérateurs privés, et un délai transit légèrement plus long (+12 à +24h).
Organisation et reporting
16 — Qui doit piloter le Scope 3 transport en interne ?
La bonne pratique 2025-2026 est un binôme supply chain + RSE. Le directeur supply chain porte la donnée et les leviers opérationnels. Le responsable RSE porte la conformité CSRD, la méthodologie, l’audit. Les deux se voient tous les mois. Côté gouvernance, le sujet remonte au CODIR a minima trimestriellement — la CSRD impose une double matérialité validée par la gouvernance.
17 — Quel outil pour consolider mes données ?
Trois familles : (1) Outils CSRD tout-en-un (Greenly, Sweep, Carbo, Tennaxia, Plan A) — vision globale, parfois peu profonds sur transport. (2) TMS avec module CO₂ (Transwide, Alpega, Symphoni.A) — profondeur transport mais pas de consolidation multi-scope. (3) Approche hybride — TMS pour la donnée détaillée + outil CSRD pour consolidation. L’hybride est la plus mature en 2026, via intégrations API.
18 — Combien de temps pour mettre en place un reporting fiable ?
Compter 3 à 6 mois : M+1 cadrage périmètre et méthodologie, M+2-3 collecte historiques prestataires, M+3-4 reporting mensuel automatisé, M+4-6 fiabilisation, calage facteurs, préparation audit. Si premier audit CSRD début 2026, dispositif idéalement opérationnel avant juin 2025 — mais des démarrages plus tardifs restent possibles avec un plan de reconstitution documenté.
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