HVO100 vs B100 vs électrique : comparatif décarbonation flotte 2026

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Un directeur supply chain qui cherche à décarboner sa flotte (propre ou sous-traitée) a le choix entre trois énergies alternatives matures en 2026 : HVO100, B100 colza, et véhicule électrique. Chacune a ses cas d’usage, son coût, ses limites. Voici le comparatif chiffré, sans langue de bois, avec les erreurs à éviter et le cadre de décision.


1. HVO100 — le substitut diesel en 2026

Le HVO100 (Hydrotreated Vegetable Oil à 100 %) est un biocarburant produit par hydrotraitement d’huiles végétales, de déchets de friture, de graisses animales ou d’algues. Sa composition chimique est très proche du diesel fossile (alcanes), d’où sa compatibilité totale avec les moteurs Euro 6 existants, sans aucune modification.

Bilan CO₂

Réduction well-to-wheel de 85 à 90 % vs diesel B7, selon l’ADEME et les certificats ISCC fournisseur. Cette réduction est défalquée sur tout le cycle : production agricole (ou collecte des déchets), hydrotraitement, transport, combustion au tuyau d’échappement. La combustion émet bien du CO₂, mais c’est du carbone biogénique — la plante absorbée a déjà capté ce carbone dans l’atmosphère.

Disponibilité France 2026

En forte croissance. TotalEnergies commercialise du HVO100 sous la marque Excellium HVO dans environ 2 500 stations professionnelles France fin 2026. Neste distribue via un réseau partenaire. Avia, Dyneff, BP suivent. Les zones bien maillées en avril 2026 : Île-de-France, Rhône-Alpes-Auvergne, PACA, Nord, Grand Est, Aquitaine. Zones encore pauvres : Massif Central, Bretagne intérieure, Espagne rurale.

Coût

Prix pompe 2026 : +18 à +22 % vs diesel B7. Mais la compensation se fait par deux leviers : (1) optimisation flotte qui permet de moins rouler ; (2) certificats CO₂ évités qui deviennent un produit commercial pour les donneurs d’ordre CSRD. Sur une trajectoire contractuelle, le surcoût net peut descendre à +3 à +6 % — c’est ce qu’ont atteint plusieurs ETI transporteurs en 2024-2025.

Cas d’usage

Flotte lourde longue distance (tracteurs Euro 6), flux industriels JIT, livraison GMS interurbaine, transport international UE. Bascule rapide possible : il suffit de faire le plein en pompe HVO au lieu de diesel.

2. B100 colza — la filière française

Le B100 est un biodiesel pur à base d’huile végétale (principalement colza en France) estérifiée en EMAG (esters méthyliques d’acides gras). Contrairement au HVO qui est « drop-in » dans tout moteur diesel, le B100 nécessite une motorisation compatible ou une homologation constructeur.

Bilan CO₂

Réduction well-to-wheel de 60 % vs diesel fossile, selon ADEME et filière Saipol/Avril. C’est moins que le HVO mais significatif. L’avantage additionnel : souveraineté alimentaire et industrielle française (colza cultivé en France, estérification France, emplois ruraux).

Disponibilité France 2026

Plus confidentielle que le HVO. Distribution via approvisionnement direct flotte (livraison en cuve), contrats B2B, pas en pompe publique. STEF opère son programme « Moving Green » intégralement sur B100 depuis 2019. Geotrans, BMVirolle, une partie de la flotte Jacky Perrenot aussi.

Coût

Prix 2026 sensiblement équivalent au diesel B7, parfois légèrement moins cher (filière nationale, subvention TICPE avantageuse). Le coût caché : l’adaptation technique. Moteur doit être homologué B100 (ou une flotte neuve compatible à l’achat). Pour une flotte existante, la bascule est plus lourde que HVO.

Cas d’usage

Flotte captive (entreprise qui possède ses camions et ses pompes), flux agroalimentaire (cohérence filière), volonté d’argument « Made in France ». Moins adapté aux affréteurs sur flux intermittents.

3. Électrique — en tension sur le PL longue distance

Le véhicule poids lourd électrique est disponible en 2026 chez Mercedes (eActros, eActros LongHaul), Renault Trucks (E-Tech T et C), Volvo (FH Electric, FM Electric, FMX Electric), Scania, DAF, Iveco. Deux segments séparés : le PL urbain/régional (autonomie 200-350 km, batterie 300-500 kWh) et le long-courrier (autonomie 500-700 km annoncée, livraisons commerciales en 2026-2027).

Bilan CO₂

Réduction CO₂ well-to-wheel dépend du mix électrique national. En France (mix très décarboné grâce au nucléaire et aux renouvelables) : -90 % à -95 % well-to-wheel vs diesel. En Allemagne, Pologne, Chine où le mix est encore carboné : seulement -40 à -60 %. La France est un avantage stratégique sur ce segment.

Disponibilité France 2026

Lente pour le PL longue distance. Le maillage réseau de recharge MCS (Megawatt Charging System, 1 MW+) est en cours : Milence (joint-venture Daimler Truck + TRATON + Volvo) a ouvert une dizaine de sites France en 2025-2026, projection 50 sites fin 2027. Pour le PL urbain, la recharge dépôt est plus mature.

Coût

Prix d’achat véhicule : 2,5 à 3 fois supérieur au diesel équivalent. Coût d’exploitation (énergie + maintenance) : 30 à 50 % inférieur au diesel à 2026 — électricité industrielle +/- 90 €/MWh vs diesel 1,50 €/L. TCO (total cost of ownership) sur 7 ans : parité atteinte en 2026 sur les cas d’usage urbains réguliers, pas encore sur le longue distance.

Cas d’usage

Livraison urbaine dernière kilomètre, navettes courtes dépôt-clients (< 150 km aller), flux stables et prévisibles qui justifient l'investissement recharge dépôt. Zones basses émissions (ZFE) des métropoles françaises : Paris, Lyon, Strasbourg, Marseille, Grenoble, Montpellier, Rouen, Reims. L'électrique devient quasi-obligatoire pour accéder aux centres-villes de ces métropoles.

4. Comparatif synthétique — 7 critères

Critère HVO100 B100 colza Électrique
Réduction CO₂ WTW -85 à -90 % -60 % -90 à -95 % (mix FR)
Adaptation véhicule Aucune (drop-in) Motorisation compatible Véhicule neuf dédié
Surcoût énergie +18 à +22 % ±0 % -30 à -50 %
Surcoût véhicule 0 % +5 à +10 % +150 à +200 %
Disponibilité 2026 En croissance forte Filière dédiée Urbain OK, longue ≠ OK
Vitesse de bascule Immédiate 3-6 mois 12-24 mois
Sourcing France Partiel (import déchets) Oui (filière FR) Oui (nucléaire FR)

5. Erreurs courantes des chargeurs en 2026

Erreur 1 — Exiger « 100 % électrique » sans analyse des flux

Un chargeur qui demande à son transporteur de basculer 100 % de la flotte en électrique pour un flux longue distance non urbain commet une erreur coûteuse : la techno n’est pas mature, les délais sont irréalistes. La bonne demande est « trajectoire décarbonation chiffrée sur 3 ans, par mix énergétique approprié aux flux ».

Erreur 2 — Comparer des pommes et des oranges sur le bilan CO₂

Comparer le « -90 % HVO well-to-wheel » avec le « -40 % électrique tank-to-wheel » n’a aucun sens. Il faut que les deux chiffres soient exprimés dans le même périmètre méthodologique (GLEC v3.2 / ISO 14083 imposent le well-to-wheel).

Erreur 3 — Ignorer les certificats ISCC

Le HVO100 doit être certifié ISCC EU (International Sustainability & Carbon Certification). Sans certificat, le carburant peut venir de déchets problématiques (huile de palme importée, notamment). Exigez systématiquement les numéros ISCC et leur traçabilité origine.

Erreur 4 — Oublier le book-and-claim (scheme vs physical)

Certains transporteurs vendent du « HVO virtuel » via book-and-claim : ils achètent des certificats HVO mais continuent à brûler du diesel sur vos flux. C’est légal, mais ce n’est pas la même chose que du HVO physique. Exigez de savoir lequel vous achetez, et préférez le physique pour les rapports CSRD audités (plus solide).

Erreur 5 — Croire que le B100 est « universellement vert »

Le B100 à base de colza génère des débats. L’huile de colza est aussi utilisée en alimentation humaine et animale. Une massification du B100 transport pourrait créer des tensions sur la filière. Ces arguments sont contestés (les rendements agricoles évoluent) mais la controverse existe. Préférez des filières HVO déchets/résidus pour éviter le débat.

6. Cadre de décision par typologie de flux

Type de flux Recommandation Horizon réaliste
Longue distance interurbain (> 400 km) HVO100. Électrique pas mature. Bascule immédiate
Régional (100-400 km) HVO100 ou mix HVO/B100 selon filière client. Immédiate
Urbain dense (< 100 km, ZFE) Électrique prioritaire. Renouvellement parc progressif. 12-36 mois
Navettes captives dépôt-usine Électrique (recharge dépôt facile) ou B100 si motorisation dédiée. 6-12 mois
Flux agroalimentaire filière FR B100 colza — cohérence filière + coût neutre. 3-6 mois
Flux international UE longue distance HVO100 — disponibilité UE en croissance, méthodologie ISCC harmonisée. Immédiate

Règle générale 2026 : sauf cas d’usage spécifique (urbain ZFE, filière FR captive), le HVO100 est la réponse par défaut pour décarboner une flotte poids lourd. C’est la stratégie de la plupart des leaders du benchmark (K+N, Heppner, partie Geodis).


7. Questions fréquentes

Le HVO100 est-il compatible avec tous les tracteurs Euro 6 ?

Oui, sur l’immense majorité des tracteurs Euro 6 produits depuis 2018 (norme EN 15940). Les principaux constructeurs (Mercedes, Scania, Volvo, DAF, Renault Trucks, MAN, Iveco) ont tous homologué leurs gammes. Vérifier auprès du constructeur pour les tracteurs pré-2018. Le HVO peut être mélangé au diesel sans problème.

Comment éviter le greenwashing sur les carburants alternatifs ?

Quatre preuves à demander : (1) certificats ISCC nominatifs aux volumes livrés, (2) factures fournisseur avec la tracabilité origine, (3) distinction explicite entre HVO physique et book-and-claim, (4) audit indépendant du bilan CO₂ par un cabinet spécialisé (Carbone 4, Utopies, Big Four). Sans ces quatre, c’est du déclaratif non vérifiable.

Quel est le meilleur carburant pour mon transporteur en 2026 ?

Il n’y a pas « le meilleur » — il y a celui qui correspond à votre typologie de flux et à votre maturité. En première approche, pour 80 % des flux industriels et GMS longue distance, le HVO100 est la réponse par défaut : -90 % CO₂ well-to-wheel, bascule immédiate sans changement véhicule, coût +18 à +22 % compensable. Pour le dernier kilomètre urbain, l’électrique prime. Pour des flux captifs agroalimentaires, le B100 peut être cohérent.

Combien de temps pour basculer ma flotte sous-traitée au HVO ?

Techniquement, 24 à 48 heures (il suffit de changer la pompe au remplissage). Contractuellement, il faut négocier la clause carburant avec votre transporteur : partage du surcoût, durée d’engagement, reporting ISCC, mécanisme de révision prix pompe HVO. Comptez 2-3 mois de négociation pour un contrat neuf, 6-9 mois pour un avenant à un contrat existant.

RT Global Solution : quel mix énergétique sur votre flotte SETT ?

60 % HVO100 certifié ISCC (24 tracteurs sur 40), 10 % B100 colza, 27,5 % diesel B7 résiduel (zones sans disponibilité HVO), 2,5 % électrique (test eActros livraison urbaine Lyon). Objectif interne : 100 % d’énergies bas-carbone en 2027. Détail complet sur notre page Mix énergétique.


— Passer à l’action

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SETT Transports opère en France sur 60 % de sa flotte au HVO100, avec certificats ISCC attachés à chaque livraison et reporting Scope 3 mensuel. Pour un nouveau contrat, un appel direct suffit à démarrer.

Sources : ADEME Base Carbone v24 (2025), Smart Freight Centre GLEC Framework v3.2 (octobre 2025), ISO 14083:2023, TotalEnergies Excellium HVO, Neste MY Renewable Diesel, filière Saipol/Avril, rapports RSE Heppner / STEF / Jacky Perrenot / Geodis 2024-2025, Milence (joint-venture Daimler-TRATON-Volvo) réseau MCS France 2025-2027.